La dépréciation renouvelée du dollar américain ouvre la voie à une hausse soutenue de l’or, tandis que l’argent voit ses producteurs récolter les fruits de prix élevés et d’une demande industrielle en pleine expansion. Ce contexte de dollar faible favorise traditionnellement les métaux précieux, considérés comme des valeurs refuges, et attire investisseurs comme banques centrales dans un environnement marqué par des incertitudes géopolitiques et monétaires. L’or brille déjà à des niveaux records autour de 4 050 dollars l’once, et l’argent flirte avec les 50 dollars, illustrant parfaitement comment un dollar en perte de vitesse peut propulser ces actifs vers de nouveaux sommets en 2025 et au-delà.
Le rôle pivotal du dollar américain dans la valorisation des métaux précieux
Le dollar américain, mesuré par l’indice DXY, reste le dénominateur commun pour les cours mondiaux de l’or et de l’argent. Historiquement, une corrélation inverse forte existe : quand le DXY faiblit, les métaux précieux gagnent en attractivité car ils deviennent moins chers pour les acheteurs détenant d’autres devises. Au 18 novembre 2025, le DXY oscille autour de 99,6, en légère hausse récente mais en baisse de plus de 6 % sur un an[1]. Les analystes de Heraeus Precious Metals anticipent une « renewed dollar depreciation » liée à des politiques fiscales expansionnistes sous une possible administration protectionniste, des déficits budgétaires élevés et une pause prolongée dans le resserrement monétaire de la Fed[2].
Cette dépréciation du dollar rend l’or plus accessible aux investisseurs étrangers, qui représentent une part croissante de la demande. Les banques centrales, notamment en Asie et dans les pays émergents, ont accumulé plus de 1 000 tonnes d’or en 2024, et cette tendance devrait se poursuivre en 2025 à un rythme soutenu, quoique légèrement moindre[3]. Pour l’argent, le lien avec le dollar est amplifié par son double rôle : 50 % de la demande provient de l’industrie (panneaux solaires, électronique, véhicules électriques), rendant le métal plus sensible aux cycles économiques mondiaux qu’un dollar faible peut stimuler via une croissance hors États-Unis.
Les prévisions haussières pour l’or dans un contexte de dollar en perte de vitesse
L’or a franchi des records historiques en 2025, dépassant régulièrement les 4 000 dollars l’once, avec un cours spot à environ 4 050 dollars au 18 novembre[4]. Heraeus attribue cette performance à la combinaison d’une dépréciation du dollar et d’achats refuges persistants face aux tensions géopolitiques. Les experts du raffineur allemand estiment que l’or bénéficiera directement d’un affaiblissement supplémentaire du billet vert, potentiellement poussé par des baisses de taux d’intérêt aux États-Unis et ailleurs[2].
À plus long terme, plusieurs institutions convergent : le World Gold Council prévoit une demande ETF en reprise après des sorties en début de cycle, tandis que des analystes comme ceux de JP Morgan ou Goldman Sachs tablent sur des prix moyens supérieurs à 4 500 dollars en 2026 dans un scénario de dollar faible prolongé[5]. Les facteurs techniques renforcent cette vue : le ratio or/argent reste élevé (autour de 80:1), et les positions spéculatives nettes sur les futures COMEX sont à des niveaux historiquement bullish. Cependant, un rebond soudain du DXY – par exemple via une inflation persistante – pourrait temporiser cette ascension, rappelant la correction observée mi-2025 lorsque l’or était retombé sous 3 800 dollars avant de rebondir.
L’argent sous les projecteurs : producteurs gagnants grâce à des prix forts et une demande structurelle
L’argent affiche une performance encore plus spectaculaire, avec un cours oscillant autour de 50 dollars l’once au 18 novembre 2025, en hausse de plus de 60 % sur un an[6]. Heraeus souligne que les producteurs d’argent – mines primaires comme secondaires – récoltent actuellement des marges exceptionnelles grâce à ces prix élevés, souvent supérieurs à leurs coûts all-in sustaining (AISC) moyens estimés entre 18 et 25 dollars l’once pour les leaders comme Pan American Silver ou Fresnillo[7].
La force vient d’un déficit physique chronique : le Silver Institute prévoit un déficit de marché de plus de 200 millions d’onces en 2025, alimenté par une explosion de la demande en énergie verte. Le secteur photovoltaïque absorbe à lui seul près de 20 % de l’offre annuelle, avec une croissance attendue de 15-20 % grâce aux objectifs nets zéro[8]. Un dollar faible accentue cet effet en rendant l’argent plus compétitif pour les industriels chinois et indiens. Contrairement à l’or purement monétaire, l’argent bénéficie ainsi d’un double moteur : investissement (ETF en forte reprise) et consommation industrielle inélastique. Des analystes comme ceux de Metals Focus voient l’argent atteindre 60 dollars dès 2026 si le déficit s’aggrave[9].
Comparaison or/argent et opportunités pour les investisseurs face à un dollar incertain
Le ratio or/argent, baromètre classique des marchés précieux, tourne actuellement autour de 81, bien au-dessus de sa moyenne historique de 60. Cela suggère que l’argent reste sous-valorisé par rapport à l’or, une situation typique en phase de rattrapage lors des bull markets[10]. Heraeus note que, dans les phases finales de hausses soutenues par un dollar faible, l’argent surperforme souvent l’or grâce à son beta plus élevé (volatilité amplifiée).
Pour les investisseurs, cela ouvre des portes variées : lingots et pièces pour l’or comme valeur refuge long terme ; ETF ou actions minières pour l’argent, où les producteurs offrent un levier important (une hausse de 10 % du prix spot peut booster les profits de 30-50 %). Les risques existent néanmoins : une appréciation brutale du dollar via des hausses de taux surprises ou une résolution rapide des tensions géopolitiques pourrait déclencher des prises de bénéfices. Diversifier reste clé, notamment via des allocations 70/30 or/argent recommandées par certains conseillers dans un contexte de dollar déprécié.
Un avenir doré et argenté dans un monde monétaire instable ?
Face à une dépréciation attendue du dollar américain, l’or et surtout l’argent apparaissent comme des bénéficiaires évidents en 2025-2026. L’or consolide son statut de refuge ultime, porté par les banques centrales et les investisseurs institutionnels, tandis que l’argent combine gains monétaires et boom industriel vert, offrant des opportunités juteuses aux producteurs et aux porteurs. Ces dynamiques rappellent que, dans un système financier où le dollar perd progressivement de sa superbe relative, les métaux précieux tangibles regagnent du terrain comme réserves de valeur durables. La question n’est plus de savoir si la hausse continuera, mais à quel rythme – et si nous saurons saisir cette fenêtre avant un éventuel retournement macroéconomique. L’histoire montre que les cycles de dollar faible ont souvent marqué les plus grands bull markets des métaux précieux : serons-nous témoins d’un nouveau chapitre historique ?
Références
[1] https://tradingeconomics.com/united-states/currency
[2] https://www.kitco.com/news/article/2025-11-17/gold-will-benefit-renewed-dollar-depreciation-silver-producers-reap-rewards
[3] World Gold Council – Gold Demand Trends Q3 2025
[4] https://www.jmbullion.com/charts/gold-price/ (données au 18/11/2025)
[5] Goldman Sachs Commodities Research – Novembre 2025
[6] https://tradingeconomics.com/commodity/silver (prix spot au 18/11/2025)
[7] Rapports annuels Pan American Silver & Fresnillo PLC 2024-2025
[8] Silver Institute – World Silver Survey 2025
[9] Metals Focus – Silver Forecast Update Novembre 2025
[10] Données historiques CPM Group & LBMA