Les déficits structurels d’argent, qui persistent depuis 2021 et devraient se maintenir tout au long de 2026 selon Fitch BMI, le Silver Institute et d’autres analystes, exercent une pression haussière inédite sur le prix du métal blanc (dépassant régulièrement les 93–106 dollars l’once en janvier 2026). Pour les mines d’argent, cet environnement crée un double effet : des opportunités massives de rentabilité et de valorisation boursière grâce à des marges opérationnelles explosives, mais aussi des défis persistants liés à l’inélasticité de l’offre, aux coûts croissants et aux délais de réponse. Contrairement à l’or, où l’offre peut s’ajuster plus facilement via de nouveaux projets, l’argent – majoritairement un sous-produit de mines de plomb/zinc/cuivre – réagit lentement aux signaux de prix. Résultat : les producteurs existants captent l’essentiel du bénéfice à court et moyen terme, tandis que de nouvelles capacités minières restent limitées.
Pourquoi l’offre minière reste rigide malgré les déficits
La production mondiale d’argent minier stagne autour de 813 millions d’onces (Moz) en 2025 (stable par rapport à 2024), selon le World Silver Survey du Silver Institute. Les hausses au Mexique et en Russie sont compensées par des baisses ailleurs (ex. Pérou, Chine). L’argent étant un by-product dans ~70 % des cas, les mines primaires (où l’argent est le métal principal) ne représentent qu’une minorité, et les décisions d’expansion dépendent souvent des prix des métaux de base (zinc, plomb, cuivre) plutôt que de l’argent seul.
- Délais longs : De la découverte à la production, un nouveau projet prend 7–15 ans en moyenne. Même avec des prix élevés, peu de nouveaux projets majeurs entrent en production avant 2028–2030.
- Coûts en hausse : Inflation des intrants (énergie, main-d’œuvre, équipements), réglementations environnementales plus strictes (ex. au Mexique) et défis géopolitiques freinent les investissements.
- Réponse limitée en 2026 : Fitch BMI et Peel Hunt anticipent un déficit persistant (95–200 Moz estimés pour 2026), car l’offre minière ne réagit pas assez vite. Le recyclage (~180–200 Moz/an) et les stocks existants (LBMA éligibles ~155 Moz) aident à combler partiellement, mais pas suffisamment.
Conséquence : les mines en production captent l’intégralité de la hausse des prix, avec des marges qui explosent (all-in sustaining costs souvent autour de 15–25 $/oz pour les producteurs primaires, vs prix spot >90–100 $).
Performances des actions minières : levier asymétrique sur le prix de l’argent
Les déficits ont propulsé les actions de mines d’argent bien au-delà du métal physique en 2025–2026. Les producteurs purs ou à forte exposition argent ont vu leurs cours multipliés par 3–5x ou plus depuis les creux de 2024, grâce au levier opérationnel :
- Marges opérationnelles passent de marginales à exceptionnelles (ex. EBITDA multiplié par 5–10x pour certains).
- Free cash-flow record → dividendes augmentés, rachats d’actions, réduction de dette.
- Valorisations attractives : malgré la hausse, de nombreux titres se négocient encore à des multiples EV/EBITDA bas comparés aux cycles passés.
Exemples de majors en janvier 2026 :
- Pan American Silver (PAAS) : Plus grand producteur pur en Amériques, guidance 2026 relevée à 25–27 Moz d’argent + or stable. Acquisition récente de MAG Silver booste la production. Actions en nouveaux highs, balance sheet solide.
- Hecla Mining (HL) : Leader en Amérique du Nord (États-Unis/Canada), ~48 % des revenus de l’argent en 2025. Production stable, mais marges explosives grâce aux prix élevés.
- Fresnillo plc : Plus grand producteur mondial (Mexique), diversifié. Bénéficie pleinement des prix, mais exposé aux risques réglementaires mexicains.
- First Majestic Silver (AG) : Pur joueur argent, performance explosive (x4 en 2025 selon certaines analyses), cash-flow record.
D’autres juniors et mid-tiers (ex. Coeur Mining, Endeavour Silver) montrent des gains encore plus prononcés, mais avec plus de volatilité.
Tableau comparatif des impacts sur les principaux producteurs :
| Compagnie | Exposition argent (%) | Production argent approx. (Moz/an) | Impact principal des déficits | Performance récente (2025–début 2026) |
|---|---|---|---|---|
| Pan American Silver | ~50–60 % | 22–27 (guidance 2026) | Marges explosives, guidance relevée, acquisitions | Nouveaux highs, +300–400 % cumulés |
| Hecla Mining | ~48 % (revenus) | Stable ~10–12 | Free cash-flow record, focus Amérique du Nord | Forte surperformance vs métal |
| Fresnillo plc | Très élevée | Leader mondial (~50–60 Moz) | Bénéfice direct, mais risques Mexique | Hausse significative |
| First Majestic Silver | ~90 %+ | Variable | Levier maximal, cash-flow explosif | x4 en 2025, momentum continu |
Défis et risques pour les mines d’argent
Malgré les opportunités, les déficits ne profitent pas uniformément :
- Coûts opérationnels en hausse : Énergie, salaires, conformité ESG → AISC (all-in sustaining costs) grimpent, érodant partiellement les marges pour les mines marginales.
- Risques géopolitiques : Mexique (taxes, nationalisme minier), Pérou (protestations sociales), Russie (sanctions).
- Dépendance aux métaux de base : Pour les by-product mines, une baisse du cuivre/zinc pourrait freiner la production même si l’argent est élevé.
- Surinvestissement futur : Si les prix restent >100 $ durablement, de nouveaux projets pourraient enfin avancer, menaçant les déficits à partir de 2028–2030.
- Volatilité : Les actions minières amplifient les mouvements du métal (bêta >2), donc corrections brutales possibles en cas de ralentissement industriel ou macro.
Conclusion : les mines d’argent au cœur du supercycle
Les déficits persistants d’argent en 2026 transforment les producteurs existants en véritables « cash machines » : prix spot multiplié par 5–7x depuis les creux, marges records, et valorisations qui rattrapent enfin le potentiel. Pour les investisseurs, cela signifie que les mines d’argent offrent un levier asymétrique supérieur à l’argent physique ou même à l’or – tant que les déficits structurels (industrie verte + investissement) perdurent. Cependant, ce n’est pas sans risques : coûts croissants, géopolitique et inelasticité de l’offre pourraient limiter la réponse à long terme. En 2026, les mines d’argent ne sont plus seulement des « suiveurs » du métal ; elles deviennent les principaux bénéficiaires d’un marché en pénurie chronique. Pour ceux qui croient à la poursuite du bull (transition énergétique, incertitudes macro), les actions de producteurs primaires comme Pan American, Hecla ou Fresnillo restent parmi les paris les plus attractifs du secteur minier – à condition de tolérer la volatilité inhérente.
Références :
- Silver Institute, « The Silver Market is on Course for Fifth Successive Structural Market Deficit », 13 novembre 2025. https://silverinstitute.org/the-silver-market-is-on-course-for-fifth-successive-structural-market-deficit
- Fitch BMI / MINING.COM, « Silver market deficit to continue throughout 2026 », 13 janvier 2026. https://www.mining.com/silver-market-deficit-to-continue-throughout-2026-says-fitchs-bmi
- CME Group, « Precious Metals Outlook 2026 », 8 janvier 2026. https://www.cmegroup.com/articles/2026/precious-metals-outlook-2026-market-dynamics-following-a-record-breaking-year.html
- Pan American Silver Investor Presentation, janvier 2026. https://panamericansilver.com/wp-content/uploads/2026/01/PAAS-Investor-Presentation_Jan_2026.pdf
- Hecla Mining November 2025 Update. https://www.hecla.com/wp-content/uploads/November-Update-FINAL.pdf
- TipRanks, « 3 Silver Miners Set to Benefit from Tight Supply in 2026: PAAS, AG, and HL », 25 décembre 2025. https://www.tipranks.com/news/3-silver-miners-set-to-benefit-from-tight-supply-in-2026-paas-ag-and-hl
- Peel Hunt via Mining Weekly, « Silver surges as supply deficits, industrial demand drive prices higher », 20 janvier 2026. https://www.miningweekly.com/article/silver-surges-as-supply-deficits-industrial-demand-drive-prices-higher-peel-hunt-2026-01-20