Nvidia explose les records : 57 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Blackwell « off the charts » et la bulle IA temporairement apaisée

57 milliards de dollars de chiffre d'affaires, Blackwell « off the charts » et la bulle IA temporairement apaisée

Le 19 novembre 2025, Nvidia a publié des résultats trimestriels qui ont une nouvelle fois dépassé toutes les attentes : un chiffre d’affaires record de 57 milliards de dollars, porté par une demande insatiable en puces IA, des ventes Blackwell décrites comme « hors normes » par Jensen Huang lui-même, et une prévision à 65 milliards pour le trimestre en cours qui a fait bondir l’action en after-hours. Ces chiffres, publiés au moment où les marchés craignaient un essoufflement de l’engouement pour l’intelligence artificielle, ont temporairement calmé les débats sur une éventuelle « bulle IA » tout en soulignant la domination écrasante de Nvidia sur le secteur des accélérateurs graphiques pour data centers.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Le troisième trimestre fiscal 2026 (clos le 26 octobre 2025) a généré un revenu total de 57 milliards de dollars, en hausse de 22 % par rapport au trimestre précédent et de 62 % sur un an¹. Le segment Data Center, cœur de l’activité IA, a atteint le niveau historique de 51,2 milliards de dollars (+25 % séquentiel, +66 % annuel), représentant près de 90 % des ventes totales².

Le bénéfice net GAAP s’établit à environ 31,9 milliards de dollars, soit 1,30 dollar par action diluée (GAAP et non-GAAP identiques ce trimestre)³. La marge brute reste extrêmement élevée à 73,4 % (GAAP) et 73,6 % (non-GAAP), preuve que Nvidia conserve un pouvoir de fixation des prix exceptionnel malgré l’arrivée massive de la nouvelle architecture Blackwell⁴.

Les analystes tablaient sur environ 54 à 55 milliards de dollars de chiffre d’affaires ; Nvidia a donc largement surpassé les consensus, comme il le fait systématiquement depuis plus de deux ans.

Blackwell : le nouveau roi déjà en rupture de stock

Jensen Huang n’a pas mâché ses mots : « Les ventes de Blackwell sont off the charts » et « les GPU cloud sont épuisés »⁵. La nouvelle génération de puces, dévoilée en mars 2025 et entrée en production de masse cet automne, connaît une adoption fulgurante. Blackwell Ultra est déjà devenue l’architecture leader chez tous les grands clients (hyperscalers, entreprises, gouvernements), surpassant même la génération précédente Hopper encore très demandée⁶.

La directrice financière Colette Kress a indiqué que la demande pour Blackwell devrait dépasser l’offre pendant plusieurs trimestres en 2026, malgré les investissements massifs chez TSMC et les partenaires d’assemblage⁷. Nvidia a par ailleurs confirmé que la prochaine architecture Rubin reste en bonne voie pour 2026, prolongeant ainsi le cycle de renouvellement technologique.

Une guidance qui rassure Wall Street et relance le débat sur la valorisation

Pour le quatrième trimestre fiscal (novembre 2025-janvier 2026), Nvidia anticipe environ 65 milliards de dollars de revenus (±2 %), très au-dessus des 61,7 milliards attendus par le consensus LSEG⁸. Cette accélération (après plusieurs trimestres où la croissance séquentielle ralentissait) a immédiatement propulsé l’action de plus de 4 à 6 % en après-Bourse le 19 novembre, portant la capitalisation boursière au-delà des 4 000 milliards de dollars temporairement⁹.

Les indices Nasdaq et S&P 500 futures ont réagi positivement dès le lendemain 20 novembre, les valeurs technologiques reprenant des couleurs après plusieurs séances de correction¹⁰.

Les nuages qui persistent : Chine, concurrence et risques géopolitiques

Malgré l’euphorie, certains points d’ombre demeurent. Les restrictions américaines à l’exportation empêchent toujours Nvidia de livrer ses puces les plus avancées (dont Blackwell) en Chine continentale. Colette Kress s’est dite « déçue » de cette situation, même si des autorisations limitées ont été accordées à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis (jusqu’à 35 000 unités Blackwell)¹¹.

La part de la Chine dans le chiffre d’affaires, qui représentait encore 17 % il y a peu, continue de fondre. Nvidia compense en partie grâce à la demande explosive des hyperscalers américains (Microsoft, Amazon, Google, Meta) et des nouveaux acteurs comme xAI, CoreWeave ou Oracle, mais la dépendance à quelques très gros clients reste un risque souvent évoqué par les analystes.

Enfin, la concurrence s’organise : AMD, Intel, mais aussi des startups comme Groq ou des solutions maison chez Google (TPU) et Amazon (Trainium/Inferentia) grignotent des parts sur certains segments d’inférence. Pour l’instant, Nvidia conserve plus de 90 % du marché des accélérateurs IA haut de gamme.

Conclusion : la révolution IA n’est pas près de s’essouffler, mais à quel prix ?

Les résultats du 19 novembre 2025 confirment que l’intelligence artificielle reste le moteur le plus puissant de la tech mondiale. Avec des commandes cumulées qui dépassent déjà les 500 milliards de dollars annoncés pour 2025-2026 et une roadmap technologique claire jusqu’à Rubin et au-delà, Nvidia paraît solidement installé sur le trône.

Pourtant, la valorisation extrême du titre (plus de 70 fois les bénéfices forward avant les résultats) laisse peu de marge d’erreur. Un simple ralentissement des investissements des hyperscalers, un durcissement géopolitique ou une récession macroéconomique pourraient transformer l’enthousiasme actuel en correction brutale.

Références :
[1] NVIDIA Announces Financial Results for Third Quarter Fiscal 2026 – investor.nvidia.com
[2] Ibid.
[3] CNBC – Nvidia (NVDA) earnings report Q3 2026 – 19/11/2025
[4] NVIDIA Newsroom – Financial Results Q3 FY2026
[5] Déclaration Jensen Huang, earnings call 19/11/2025 (transcription CNBC/Reuters)
[6] Colette Kress prepared remarks, Q3 FY2026
[7] Ibid.
[8] Consensus LSEG cité par Reuters et Bloomberg, 19/11/2025
[9] Données after-hours Nasdaq, 19/11/2025
[10] Reuters – Nvidia earnings boost tech stocks, 20/11/2025
[11] U.S. Commerce Department announcement & Colette Kress comments, 19/11/2025