À l’approche des élections fédérales du 28 avril 2025, le Parti libéral du Canada, dirigé par Mark Carney, a dévoilé son cadre financier, un plan audacieux de 130 milliards de dollars sur quatre ans. Présenté comme un programme d’investissements stratégiques pour stimuler la croissance économique et répondre aux défis géopolitiques, ce cadre vise à repositionner le Canada sur la scène mondiale tout en assainissant les finances publiques. Voici un aperçu détaillé de ses principaux engagements et des réactions qu’il suscite.
Une défense renforcée pour répondre aux exigences de l’OTAN
Le cadre alloue environ 19 milliards de dollars à la défense nationale, avec pour objectif d’atteindre l’engagement de l’OTAN de consacrer 2 % du PIB aux dépenses militaires d’ici 2028-2029. Les dépenses atteindraient 30,9 milliards de dollars après quatre ans, intégrant potentiellement la Garde côtière canadienne pour dépasser cette cible, bien que cette approche reste controversée en raison des contraintes de l’OTAN. Ce virage marque une volonté de renforcer la posture du Canada face aux tensions internationales.
Des investissements massifs dans les infrastructures
Les libéraux misent sur les infrastructures pour dynamiser l’économie. Parmi les mesures phares :
- Doublement du Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, passant de 5 à 10 milliards de dollars, pour financer des projets d’infrastructure, notamment dans l’Arctique.
- Construction d’un train à grande vitesse entre Québec et Windsor, un projet ambitieux pour améliorer la connectivité.
- Un fonds de 5 milliards de dollars pour diversifier les corridors commerciaux (ports, chemins de fer, aéroports, autoroutes).
- Investissements dans les infrastructures de santé (hôpitaux, cliniques, soins de longue durée) en partenariat avec les provinces.
Ces projets visent à créer des emplois et à soutenir la croissance économique à long terme.
Assainissement des finances publiques : Une promesse ambitieuse
Mark Carney, fort de son expérience à la Banque d’Angleterre, met l’accent sur une gestion budgétaire rigoureuse. Le cadre prévoit :
- Une réduction de la croissance des dépenses fédérales, de 9 % à 2 %.
- La fusion de programmes, l’élimination des dépenses jugées inutiles et l’utilisation de la technologie pour accroître l’efficacité.
- Une diminution progressive du déficit : de 62 milliards en 2024 à 47,8 milliards en 2028-2029, avec un objectif d’équilibre budgétaire opérationnel d’ici 2028-2029.
- Une baisse du ratio dette/PIB pour garantir la viabilité financière.
Cependant, l’annulation de la hausse du taux d’inclusion des gains en capital entraînerait des pertes de revenus estimées à 4,5 milliards de dollars d’ici 2028-2029, un choix critiqué par certains analystes.
Stimuler la croissance économique
Le cadre ambitionne de générer jusqu’à 500 milliards de dollars en valeur économique grâce à des investissements du secteur privé et au renforcement des industries stratégiques. Les mesures incluent :
- L’élimination des barrières au commerce interprovincial et la reconnaissance des titres de compétences entre provinces (santé, services financiers, camionnage).
- Un effort sans précédent pour construire des logements, comparable à l’élan de l’après-Seconde Guerre mondiale.
- La promotion du Canada comme leader en innovation et énergie, avec de nouveaux partenariats commerciaux internationaux.
En réponse à la guerre commerciale avec les États-Unis, des contre-tarifs devraient générer 20 milliards de dollars de revenus en 2025-2026, renforçant les capacités financières du Canada.
Un engagement fort envers le Québec
Les libéraux promettent de respecter les compétences provinciales, notamment en santé et en éducation, tout en collaborant étroitement avec le Québec. Le cadre maintient les aspects distincts de la province, y compris la langue française, malgré des propositions comme l’augmentation des places en facultés de médecine, qui pourraient susciter des débats.
Réactions et controverses
Le cadre financier a suscité des réactions contrastées. Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur, a qualifié le plan d’irresponsable et inflationniste, tandis que le Bloc québécois a dénoncé une comptabilité créative. Jagmeet Singh, leader du NPD, s’inquiète des coupes potentielles de 28 milliards de dollars dans les services opérationnels, qui pourraient affecter le secteur de la santé. Selon l’économiste Luc Godbout, les libéraux augmenteraient le déficit de 83 milliards de dollars sur quatre ans, un montant supérieur aux plans du NPD (48,5 milliards) et du Bloc (30,6 milliards).
Un pari sur l’avenir
En pleine guerre commerciale avec les États-Unis et dans un contexte d’incertitudes géopolitiques, le cadre financier de Mark Carney se présente comme un pari ambitieux pour redynamiser l’économie canadienne tout en restaurant la discipline budgétaire. Si les libéraux insistent sur le caractère transformateur de ces « investissements », les critiques soulignent les risques d’un endettement accru et d’une mise en œuvre complexe. À quelques jours du scrutin, ce plan polarise et pourrait redéfinir l’avenir économique du Canada.
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