La Banque du Canada a abaissé son taux directeur d’un quart de point de pourcentage et a prévenu que l’incertitude commerciale nuit déjà à l’économie canadienne.
Cette décision marque la septième baisse consécutive des taux d’intérêt de la banque centrale et ramène son taux directeur à 2,75%.
Cette décision était largement attendue par les économistes.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a affirmé mercredi, dans une allocution préparée, que les signes de stabilité de l’inflation et la dynamique de l’économie canadienne, alimentés par les réductions de taux précédentes, sont menacés par la guerre commerciale avec les États-Unis.
«L’incertitude généralisée des derniers mois — causée par les menaces tarifaires américaines qui changent de jour en jour — a ébranlé la confiance des entreprises et des consommateurs», a-t-il déclaré.
«À elle seule, l’incertitude cause déjà des torts.»
M. Macklem a averti que les répercussions économiques pourraient être «graves», selon l’ampleur et la durée des nouveaux droits de douane américains. Il a ajouté que, si le conflit persiste, la croissance au deuxième trimestre de 2025 serait affectée.
Avery Shenfeld, économiste en chef chez Marchés des capitaux CIBC, a indiqué mercredi dans une note à ses clients que les signes d’une reprise économique au Canada à l’approche de 2025 auraient probablement suffi à inciter la banque centrale à adopter une attitude attentiste quant à de nouvelles réductions, mais la guerre commerciale a ensuite éclaté.
Le 4 mars, le président américain Donald Trump a mis à exécution ses menaces de droits de douane contre le Canada, qui duraient depuis des semaines. Cependant, ces droits de douane ont déjà été modifiés par une série de changements, de retards et d’annulations.
Mercredi marque la prochaine étape du programme tarifaire de M. Trump: des droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium canadiens aux États-Unis sont entrés en vigueur peu après minuit.
Le Canada a dévoilé qu’il riposterait par des droits de douane le matin même.
M. Macklem a expliqué que les Canadiens peuvent s’attendre à payer plus cher dans les mois à venir en raison du conflit commercial, qui touchera d’abord les denrées périssables, comme les fruits et légumes frais en provenance des États-Unis, tandis que les biens durables, dont les cycles de production sont plus longs, pourraient voir leurs coûts grimper par la suite.
«La réalité, c’est que certains prix vont augmenter. Nous n’y pouvons rien», a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse mercredi.
Un climat économique imprévisible
La dernière annonce de la Banque du Canada concernant les taux d’intérêt s’est accompagnée d’une enquête complémentaire menée auprès des entreprises et des ménages pour connaître leur réaction au conflit commercial.
Ces données suggèrent que les Canadiens prévoient de réduire leurs dépenses, craignant de perdre leur emploi dans le conflit commercial, particulièrement dans le secteur manufacturier, vulnérable aux droits de douane.
Environ 40 % des chefs d’entreprise interrogés par la banque centrale ont indiqué qu’ils réduisaient leurs projets d’embauche.
La première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Rogers, n’a pas répondu directement lorsqu’on lui a demandé si la banque pensait que l’économie se dirigeait vers une récession, et a évoqué la publication de prévisions révisées en même temps que la prochaine décision sur le taux, le 16 avril.
Elle a toutefois souligné que le sentiment des consommateurs et des entreprises s’était nettement inversé.
«Ce que les entreprises nous disent, c’est qu’elles ralentissent leurs investissements et leurs embauches. Les Canadiens épargnent davantage et dépensent moins. Tout cela n’est donc pas de bon augure pour la croissance», a affirmé Mme Rogers.
«En bref, cela dépendra beaucoup de la politique commerciale des États-Unis. Nous verrons bien», a ajouté M. Macklem.
Une baisse de la demande des Canadiens, qui serrent un peu plus leurs finances, pourrait atténuer les pressions inflationnistes, selon la Banque du Canada.
Cependant, près de la moitié des entreprises interrogées ont également indiqué qu’elles seraient prêtes à répercuter rapidement la hausse des coûts liée aux droits de douane sur les consommateurs, surtout si elles font preuve de transparence envers ces derniers quant aux raisons de la hausse des prix.
Les attentes d’inflation augmentent tant chez les entreprises que chez les consommateurs, a noté la Banque du Canada, une tendance qui peut alimenter l’inflation elle-même si elle n’est pas maîtrisée.
M. Macklem a déclaré que la banque centrale «va aborder avec prudence tout changement futur du taux directeur», en tenant compte à la fois du frein à la croissance économique et des pressions à la hausse sur les prix liées au conflit commercial.
Il a ajouté que la Banque du Canada utilisera la politique monétaire pour s’assurer que les chocs de prix causés par les droits de douane ne se transforment pas en une poussée inflationniste.
M. Shenfeld a dit s’attendre à ce que la banque centrale accorde plus d’importance aux risques sur la croissance qu’à l’inflation à court terme, ce qui laisserait la possibilité de deux autres baisses de taux d’intérêt d’ici juin.
Source: https://www.lesaffaires.com/bourse/la-banque-du-canada-abaisse-son-taux-directeur-4/
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